Mardi 25 avril 2006
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Il y a deux jours, j’ai mangé de la perche du Nil, un poisson vivant dans le lac Victoria en Tanzanie. Ma tante m’a alors dit qu’elle avait vu au cinéma un reportage, Le Cauchemar de Darwin, documentaire réalisé par Hubert Sauter (2005) consacré à cette région du monde ainsi qu’à la pèche de ce poisson.
Un jour, dans les années soixante, un homme déversa dans le lac Victoria un seau contenant quelques poissons pour faire une petite expérience scientifique. Actuellement, la perche du Nil, a colonisé tout le lac, exterminant la majorité des 210 espèces de cyclidé et autres poissons. La perche du Nil est un poisson énorme qui dévore ses propres alvins lorsqu’elle ne trouve pas d’autres poissons. Ces derniers n’existant quasiment plus, c’est leur nourriture, une petite algue, qui s’est mise à pulluler.
Une industrie employant directement 1 000 personnes et 1 000 indirectement, consacrée à la l’exploitation de cet énorme poisson a lors pu naître : c’est 500 tonnes de nourriture qui est extraite du lac Victoria par jour. Le poisson est alors conditionné selon les normes européennes, par conséquent son prix devient assez élevé. Ce n’est pas les africains vivants autour du lac qui peuvent se le payer, il est exporté chez nous dans nos assiettes.
Un aéroport a alors vu le jour à coté de l’usine pour l’exportation de cette marchandise. Des frets peu onéreux en provenance de l’Europe de l’est arrivent au minimum deux fois par jours. Des dizaines de carcasses d’avion dues a des crashs bordent la piste, les villages, les bords du lac où les habitants qui meurent littéralement de faim n’accèdent qu’à 10% de la pèche, l’usine dominant cette industrie. Ils récupèrent cependant les tètes et les queues pourries qu’ils font frire.
Les pilotes soviétiques, une fois débarqués, profitent alors de la prostitution locale. C’est environ 10 dollars pour une nuit. Elisa, une jeune prostituée, interviewée en début de reportage et chantant un hymne a la Tanzanie a été battue à mort puis poignardée par un client Australien quelques temps après.
Là-bas, beaucoup de femmes très pauvres ou ayant perdu leur mari ont recourt à la prostitution pour survivre. En France, on nous dit que 25 % de la population africaine est atteinte du virus du sida. Dans le reportage, l’image qui correspond à cela est une femme maigre et tremblante vivant pied nue dans une cabane sans eau ni électricité qui ne pouvait se déplacer ni manger toute seule. Au bord du lac Victoria, où l’on meure de faim, on ne connaît pas la tri-thérapie. Le pasteur du village annonce 10 morts du VIH par mois dans sa paroisse.
Les jeunes orphelins, arrivent à survire en ville en mendiant. Quand ils arrivent à trouver une boîte de conserve, ils improvisent un feu pour la réchauffer puis se ruent à une quinzaine dessus. Ils s’emparent de poignées de riz qu’ils enfournent aussitôt. Ceux qui n’ont pas réussi à s’en procurer essaient de le chiper aux autres, ce qui finie bien souvent en bagarre. Pour oublier cette faim, cette misère cette violence cette peur et pour mieux dormir, ils se droguent en inhalant des vapeurs de colle chauffée issue de l’emballage et du conditionnement aux normes européennes ISO 33 900 des perches du Nil, poisson qui s’envole au dessus de leur tête à destination de l’Europe.
Rarement, les frets aériens arrivent avec des médicaments et de la nourriture provenant des aides humanitaires. Mais c’est pour une toute autre raison qu’il est strictement interdit pour quiconque de filmer ou de photographier dans les aéroports africains. Ce que l’on décharge à l’abri des regards, ce sont des armes et des munitions. Elles sont fabriquées en Europe et en Amérique puis revendues en Afrique. Bien que les pilotes ne sont pas censés savoir ce qu’ils transportent, l’un d’eux a fini par confier à la fin du reportage qu’un de ses collègues a apporté pour Noël aux enfants africains des Tanks soviétiques et est reparti avec du raisin pour les enfants européens. Depuis 5 ans, il y a eu 4 millions de morts victimes de la guerre dans cette région du monde. Le réalisateur a interviewé le gardien de l’usine de conditionnement de la perche du Nil payé un dollar par nuit, travaillant avec un arc et des flèches empoisonnées. Si une guerre se déclarait, il serait près à changer d’arme et redevenir soldat pour être mieux payé.
Ce reportage nous met en évidence le cercle vicieux de la misère et de l’exploitation occidentale dont est victime le continent Africain qui est pourtant si jeune, si dynamique, plein de ressources et qui a toutes les raisons de vouloir s’extirper de cette pauvreté.
Et pour avoir mangé de la perche du Nil, ça vaut pas un saumon grillé...
Bertrand